Pour rejointoyer un mur en pierre, la référence tient en une phrase : 1 volume de chaux pour 2,5 à 3 volumes de sable, sans ciment dans la plupart des bâtiments anciens. Le chiffre exact dépend de la dureté de la pierre, de l’humidité du mur et de son exposition à la pluie. Voici les ratios, puis la méthode pour les mettre en œuvre sans abîmer la maçonnerie.
Dosage chaux sable pour joint en pierre : les ratios de référence
Les proportions s’expriment en volumes (seaux, auges), jamais en poids. Le tableau ci-dessous donne des repères courants. Vérifiez toujours la fiche technique du fabricant de votre chaux avant de gâcher, car les recommandations varient légèrement d’un produit à l’autre.
| Situation | Liant conseillé | Chaux : sable | Commentaire |
|---|---|---|---|
| Pierre tendre, mur ancien ou patrimoine | CL 90 ou NHL 2 | 1:3 à 1:4 | Mortier souple, qui ménage la pierre |
| Calcaire ou grès de dureté moyenne | NHL 3,5 | 1:3 | Dosage polyvalent pour la majorité des murs |
| Granit, pierre dure, façade très exposée | NHL 3,5 ou NHL 5 | 1:2,5 à 1:3 | Plus de résistance, sans dépasser celle de la pierre |
| Soubassement humide, remontées capillaires | NHL 3,5 ou NHL 5 | Environ 1:3 | La chaux aérienne seule prend mal en milieu très humide |
| Mortier bâtard (pierres dures uniquement) | Ciment + chaux | 1 ciment + 1 chaux pour 6 sables, ou 1 ciment + 2 chaux pour 8 à 9 sables | À réserver aux cas compatibles avec le ciment |
Le principe qui commande tout le reste est simple : le joint doit rester moins résistant et plus perméable que la pierre. C’est lui qui encaisse les contraintes et l’usure, pas les moellons.
Ciment dans un joint de pierre : c’est la pierre qui trinque
Un mortier trop riche en ciment durcit plus que la pierre et bloque la sortie de l’humidité. L’eau cherche alors un autre chemin, à travers les pierres, qui s’effritent, se couvrent de sels et éclatent au gel. Le mortier bâtard du tableau n’a de sens que sur des pierres très dures.
Quelle chaux choisir : aérienne ou hydraulique selon votre mur
La chaux aérienne CL 90 durcit au contact du CO2 de l’air. Elle donne un mortier de chaux très souple et très perméable, idéal pour la pierre tendre et la maçonnerie ancienne, un principe qui vaut aussi pour la préparation d’un enduit chaux-chanvre. Sa prise est lente et elle supporte mal les zones constamment mouillées.
La chaux hydraulique NHL 3,5 est le choix le plus courant pour un rejointoiement classique : elle prend en partie grâce à l’eau, ce qui sécurise la tenue en extérieur. La chaux hydraulique NHL 5 est plus résistante et se réserve aux pierres dures, aux soubassements et aux façades battues par la pluie. Sur une pierre tendre, elle est trop dure : mieux vaut descendre d’un cran.
Sable et granulométrie : le paramètre que le dosage seul ne règle pas

Un bon dosage chaux sable ne vaut rien avec un mauvais sable. Privilégiez un sable de rivière lavé, avec des grains de tailles variées, pour que la chaux comble les vides entre les grains. Pour des joints fins, une granulométrie du sable en 0/2 convient, tandis que 0/4 suit mieux les joints larges.
Le sable doit être propre : un équivalent de sable élevé (au-delà de 70 à 80) signale peu d’argile et de fines. Un sable sale réclame plus d’eau, fissure au séchage et affaiblit le joint. Pour une teinte proche de l’ancien mortier, on peut mêler des sables de couleurs différentes, après un essai sur un petit coin de mur.
Gâchage : un mortier ferme, jamais liquide
Le gâchage commence à sec : mélangez chaux et sable pendant deux à trois minutes, puis ajoutez l’eau progressivement. La consistance du mortier visée est celle d’une terre humide, qui se tient en boule dans la main sans couler ni coller aux doigts. Un mortier trop liquide retire beaucoup à la résistance, fissure en séchant et tache la pierre.
Laissez reposer le mélange quelques minutes, puis regâchez brièvement avant l’emploi. Ne rajoutez jamais d’eau dans un mortier qui a commencé à raidir : préparez de petites quantités, à utiliser dans l’heure ou les deux heures selon la chaux.
Méthode : dégarnir, garnir en deux passes, finir au bon moment
Le dégarnissage conditionne la tenue du rejointoiement. Retirez l’ancien joint sur 2 à 3 cm de profondeur (au moins deux fois la largeur du joint), avec un burin ou un riflard, sans entamer les arêtes de la pierre. Brossez, dépoussiérez, puis humidifiez le mur : un support sec boit l’eau du mortier et le fait brûler.
- Appliquer une première passe au fer, en pressant fortement pour remplir le fond du joint.
- Attendre que le mortier commence à tirer, puis poser la seconde passe pour fermer le joint.
- Laisser raffermir, puis brosser ou gratter selon la finition voulue.
- Humidifier légèrement pendant les premiers jours.
Posés en deux passes, les joints se fissurent moins et adhèrent mieux. Le moment du brossage est décisif : quand le doigt n’imprime plus le mortier, soit quelques heures à une journée selon la météo. Une finition brossée donne un aspect rustique, une finition grattée laisse le sable apparent, et un joint affleurant, serré au nu de la pierre, convient aux pierres régulières. Évitez de travailler en plein soleil, par vent fort, sous la pluie ou près d’un risque de gel et dégel.
Erreurs à éviter : ciment, perspirance et norme NF DTU 26.1

L’erreur numéro un reste le ciment pur, appliqué par habitude. Un mur en pierre est une maçonnerie ancienne qui respire : la perspirance, c’est-à-dire la capacité à laisser passer la vapeur d’eau, évite l’accumulation d’humidité à l’intérieur. La NF DTU 26.1, qui encadre les enduits au mortier de liants hydrauliques, rappelle la logique de compatibilité entre mortier et support, et sert de repère même pour les joints.
Autres erreurs fréquentes : joints en saillie (l’eau stagne dessus), mortier trop dosé en liant, sable non lavé, dégarnissage trop superficiel et travail sur mur sec. Un mauvais mortier se paie en pathologies : humidité, efflorescences, éclatement des pierres au gel.
Pour une petite surface, le rejointoiement se fait à la truelle et au fer à joint, avec un budget limité au matériel et à la chaux. Au-delà de quelques mètres carrés, ou sur un mur de valeur patrimoniale ou en mauvais état, l’avis d’un maçon spécialisé évite des réparations coûteuses.





